Féliciter l’effort ou le résultat ? Bien encourager son enfant

Votre enfant vous apporte un dessin, une chambre rangée ou une tour qui tient enfin debout. En une fraction de seconde, vous choisissez quoi dire, et ce choix compte plus qu’on ne le croit. La question de féliciter l’effort ou le résultat a été étudiée de près, et les conclusions sont étonnamment pratiques. Les mots que nous employons peuvent aider nos enfants à aimer les défis, ou leur apprendre discrètement à les fuir.

Ce que montre la recherche

Les travaux sur la motivation, notamment ceux liés à l’idée d’état d’esprit de développement, suggèrent que féliciter ce que l’enfant maîtrise, ses efforts, ses stratégies, sa persévérance, renforce sa résilience et son envie de s’attaquer à des choses difficiles. Féliciter des traits fixes, comme être « intelligent » ou « doué », peut avoir l’effet inverse. Les enfants félicités pour leur intelligence peuvent se mettre à protéger cette étiquette en évitant les tâches où ils risquent d’échouer.

Autrement dit, un enfant qui croit que la réussite vient de l’effort a de bonnes chances de continuer à essayer. Un enfant qui croit que la réussite prouve qu’il est doué peut arrêter d’essayer dès que quelque chose devient difficile, de peur de révéler qu’il ne l’est pas.

Pourquoi « Que tu es intelligent ! » peut se retourner contre l’enfant

Dire à un enfant qu’il est brillant semble affectueux, et il n’y a aucun mal à le faire de temps en temps. Le problème vient quand ce type de compliment domine. Un enfant qui entend « Que tu es intelligent » à chaque réussite peut en conclure que peiner veut dire ne plus être intelligent. Alors il se dirige vers les victoires faciles, et s’éloigne justement des défis qui le feraient grandir.

Les compliments sur les capacités donnent aussi le pouvoir au résultat. Si c’est l’intelligence qui attire la réaction chaleureuse, un résultat raté ressemble à un échec personnel plutôt qu’à une étape normale de l’apprentissage.

À quoi ressemble un compliment sur l’effort

Féliciter l’effort ne veut pas dire s’extasier devant n’importe quoi, ni faire passer un gribouillage bâclé pour une œuvre d’art. Il s’agit de remarquer ce que votre enfant a réellement fait.

  • « Tu as continué même quand ce passage était difficile. »
  • « Tu as essayé de trois façons jusqu’à ce que ça marche. »
  • « Je vois tout le temps que tu as passé sur ce dessin. »
  • « Au début, tu avais le trac, et tu as essayé quand même. »

Remarquez que ces phrases décrivent ce que l’enfant a vraiment fait, et qu’il peut donc refaire. Pour choisir entre féliciter l’effort ou le résultat, une question suffit : mon commentaire montre quelque chose que mon enfant peut refaire la prochaine fois ?

Et les résultats, on les félicite aussi ?

Bien sûr. Les réussites méritent d’être fêtées, et il serait étrange de ne jamais les reconnaître. L’astuce est de relier le résultat à l’effort qui l’a produit. « Tu as tellement travaillé ta lecture, et regarde, tu as lu toute la page. Tout cet entraînement a payé. » Votre enfant profite de sa réussite tout en apprenant qu’elle vient de ce qu’il a fait, et non d’un don fixe qu’on a ou qu’on n’a pas.

Le but, c’est l’équilibre. Fêtez la victoire, mais gardez la lumière surtout sur le chemin, pour que votre enfant apprenne que c’est l’essai qui fait arriver les bonnes choses.

Féliciter avec sincérité et précision

Les enfants repèrent les compliments creux, et trop de compliments perdent leur sens. Plutôt qu’un flot continu de « bravo », visez des remarques moins nombreuses mais plus vraies, qui montrent votre vraie attention. « J’ai remarqué que tu as aidé ta sœur à retrouver sa chaussure sans qu’on te le demande » touche bien plus qu’un vague « gentil garçon », parce que c’est précis et réel.

Les compliments vides ou exagérés peuvent aussi augmenter la pression. Un enfant à qui l’on répète que tout ce qu’il fait est « génial » peut finir par craindre de ne pas être à la hauteur. Une attention honnête, chaleureuse et précise est plus bienveillante et plus utile.

Encourager l’état d’esprit du « pas encore »

Bien féliciter l’effort, c’est aussi bien réagir quand les choses ne marchent pas. Quand votre enfant dit « J’y arrive pas », vous pouvez ajouter un petit mot très puissant : « Tu n’y arrives pas encore. » La difficulté devient une étape sur le chemin, pas un verdict. Ajoutez un encouragement sur la stratégie : « On pourrait essayer comment, autrement ? »

Avec le temps, votre enfant apprend qu’être bloqué est provisoire, et que l’effort et les nouvelles façons de faire permettent d’avancer. Cette conviction est le vrai trésor, bien plus précieux que n’importe quel résultat.

Un peu de réalisme

Vous ne trouverez pas les mots parfaits à chaque fois, et personne ne vous le demande. Un « Bravo ma grande » de temps en temps ne défera pas toute une enfance d’encouragements. Ce qui compte, c’est l’ensemble de ce que votre enfant entend jour après jour. Visez à ce que l’effort et le chemin soient la mélodie principale, avec les résultats en joyeux refrain de temps en temps.

Vous ne pilotez pas la motivation de votre enfant avec un script. Vous dirigez simplement, la plupart du temps, votre attention vers l’essai plutôt que vers la seule victoire. Avec cette constance, votre enfant apprend la leçon la plus utile de toutes : les choses difficiles valent la peine d’être tentées, et il fait partie de ceux qui persévèrent.

À retenir: Félicitez les efforts, les stratégies et la persévérance que votre enfant maîtrise plutôt qu’une intelligence figée, et quand vous fêtez un résultat, reliez ce résultat au travail qui l’a rendu possible.

CDC, Positive Parenting Tips

American Academy of Pediatrics, HealthyChildren.org: Building Resilience