Lire à son enfant dans deux langues ou plus
Si votre famille parle plus d’une langue, vous vous demandez sans doute dans laquelle lire, si mélanger les langues va embrouiller votre enfant, ou s’il vaut mieux s’en tenir à la langue de l’école. La réponse rassurante, appuyée par des décennies de recherche : grandir avec plusieurs langues est une force, pas un fardeau. Lire à son enfant dans plusieurs langues soutient le langage, la réflexion et un solide sentiment de qui l’on est, et il n’existe pas une seule bonne façon de faire.
Deux langues n’embrouillent pas
Une inquiétude fréquente : lire dans deux langues troublerait l’enfant ou retarderait sa parole. Les recommandations de santé publique et de pédiatrie sont claires : les jeunes enfants sont faits pour apprendre plus d’une langue, et cela ne provoque pas de retard de langage. Les enfants mélangent parfois des mots des deux langues pendant un temps, ce qui fait normalement partie du tri, et non un signe de difficulté. Ce qui compte, c’est beaucoup de langage chaleureux et riche, et les livres en sont une source formidable.
Lire dans la langue où vous vous sentez le plus à l’aise
Rien ne vous oblige à lire à votre enfant en français, ni dans la langue de la crèche ou de l’école. Lire dans la langue que vous connaissez le mieux est même souvent ce que vous pouvez faire de plus précieux, parce que vous pouvez y mettre de l’expression, ajouter vos propres commentaires et vraiment apprécier le livre. La lecture en plusieurs langues marche le mieux quand chaque adulte lit dans la langue où il est le plus fluide et le plus à l’aise, pour que l’histoire prenne vie au lieu de sonner guindée.
Pas besoin de livres dans chaque langue
Un obstacle fréquent : ne pas avoir de livres dans votre langue familiale. Il se règle facilement. Vous pouvez raconter l’histoire de n’importe quel album dans la langue de votre choix, en ignorant le texte imprimé pour parler des illustrations. Un livre écrit en français peut devenir une histoire en arabe, en portugais ou en polonais simplement en regardant les images ensemble. Inutile donc de chercher et d’acheter des éditions spéciales : chaque livre de l’étagère sert toutes les langues que vous parlez.
Des façons concrètes de mêler les langues
- Laisser chaque parent lire dans la langue qu’il connaît le mieux.
- Raconter n’importe quel livre dans votre langue familiale, à partir des images.
- Garder quelques livres dans chaque langue si vous en trouvez, y compris à la bibliothèque.
- Chanter des chansons et des comptines dans vos langues familiales en plus de la lecture.
- Suivre votre enfant s’il répond dans une autre langue.
Du jeu, pas une leçon
Lire dans plusieurs langues doit ressembler à un moment de lien, pas à des devoirs. Inutile de traduire chaque phrase, d’interroger votre enfant sur le vocabulaire ou d’exiger qu’il réponde dans une langue précise. Si votre enfant écoute dans une langue et répond dans une autre, c’est tout à fait normal et très fréquent. La chaleur et l’attention partagée comptent bien plus qu’une parfaite cohérence, et une approche détendue garde votre enfant ouvert à toutes les langues que vous lui offrez.
Prendre particulièrement soin de la langue la moins parlée
Les enfants entendent beaucoup la langue majoritaire du pays à la crèche, à la télévision et dans la vie quotidienne. C’est souvent la langue familiale ou d’origine qui a besoin d’être davantage nourrie, parce qu’elle a moins de sources. Lire, chanter et raconter dans cette langue lui donnent du prestige et de la solidité dans l’esprit de votre enfant. La garder vivante ne sert pas qu’à communiquer : cela aide votre enfant à rester relié à sa famille, à sa culture et à son identité, ce qui est précieux.
Faire participer la famille et l’entourage
Vous n’avez pas à porter chaque langue seul. Papi, mamie, les proches et les amis qui parlent vos langues familiales sont une merveilleuse source d’histoires, de chansons et de comptines, en vrai, en appel vidéo ou grâce à une histoire enregistrée pour le coucher. Les associations, les lieux de culte et les événements culturels partagent aussi souvent des livres et des histoires. Plus votre enfant entend une langue à travers des voix différentes, plus elle lui paraît réelle et valorisée. Partager la tâche vous soulage aussi, et entoure votre enfant du son vivant et quotidien de chaque langue que vous voulez transmettre.
Quand demander un avis
Le bilinguisme ne provoque jamais de retard de langage : ce n’est jamais une raison de s’inquiéter. En revanche, les repères habituels du langage restent valables, toutes langues confondues. Si votre enfant ne babille pas, n’utilise pas de gestes, ou n’associe pas de mots à peu près comme on peut s’y attendre à son âge, ou si vous avez des inquiétudes sur son audition, évoquez la question avec votre médecin ou la PMI. Demandez que soient prises en compte toutes les langues que votre enfant comprend et utilise, car n’en regarder qu’une peut donner une image faussement inquiétante.
Ce qu’il faut retenir
Élever votre enfant avec plusieurs langues, et lire avec lui dans ces langues, lui fait un vrai cadeau. Pas besoin de choisir une seule langue, de craindre le mélange ou d’avoir les livres parfaits. Lisez dans la langue que vous aimez le plus, racontez n’importe quel livre dans votre langue familiale, restez dans le jeu, et laissez une large place à votre langue d’origine. La lecture en plusieurs langues nourrit à la fois les mots de votre enfant et son sentiment d’appartenance.
À retenir: Lire dans vos langues familiales est une force, pas un risque : lisez dans la langue que vous connaissez le mieux, racontez n’importe quel livre dans cette langue, et gardez un moment chaleureux et joueur.
American Academy of Pediatrics, HealthyChildren.org: Is bilingualism good for children?