Encourager le dessin de son enfant sans demander « C’est quoi ? »
Votre enfant brandit fièrement une feuille pleine de boucles et de couleurs, et la question la plus naturelle du monde vous échappe : « Oh, c’est joli, c’est quoi ? » Elle part d’une bonne intention, mais elle met votre enfant sur la sellette. Pour un petit dont le dessin ne représente sans doute rien du tout, un moment de joie se transforme en petit examen. Apprendre à encourager le dessin sans demander « C’est quoi ? » est l’un des changements les plus simples pour que les jeunes enfants continuent à laisser des traces avec bonheur.
Pourquoi la question peut freiner
Au début, dessiner, c’est surtout faire, pas représenter. Un enfant qui fait tourner son crayon explore le mouvement, la couleur et le plaisir de laisser une trace, sans forcément dessiner le chien. Demander ce que c’est laisse entendre qu’un dessin doit représenter quelque chose de reconnaissable, et l’enfant qui ne sait pas répondre peut croire qu’il s’est trompé. À la longue, cette pression pousse certains enfants à moins dessiner, ou à ne dessiner que ce qui plaira à coup sûr aux adultes.
Décrire ce que vous voyez vraiment
L’alternative la plus chaleureuse consiste à décrire, simplement. « Tu as mis beaucoup de rouge de ce côté » ou « Ces traits vont jusqu’au bord de la feuille. » Décrire les couleurs, les formes, les lignes et l’espace rempli montre à votre enfant que vous regardez vraiment, sans exiger d’étiquette. Vous lui offrez aussi du vocabulaire : rond, piquant, foncé, tout en tourbillons, des mots posés sur son propre travail, qui nourrissent la parole autant que le dessin.
Remarquer l’effort et la démarche
Parler de la façon dont le dessin a été fait touche plus juste que juger le résultat. « Tu as appuyé très fort pour faire ce gros trait » ou « Tu as passé un long moment sur ce dessin » rendent hommage au travail accompli. Ces encouragements précis, tournés vers la démarche, entretiennent la motivation, car votre enfant peut les reproduire et garde la main dessus, contrairement aux compliments sur le talent, qui paraissent figés et fragiles. Ils lui apprennent en douceur que le bon côté, c’est d’essayer, de choisir et de persévérer.
Laisser votre enfant raconter
Si le contenu vous intrigue, invitez au lieu de tester. « Tu veux me parler de ton dessin ? » laisse la porte ouverte et donne à votre enfant le pouvoir d’en dire autant ou aussi peu qu’il le souhaite. Certains jours, il inventera une longue histoire de monstre mangeur de nuages ; d’autres, il haussera les épaules en souriant et passera à autre chose. Les deux conviennent. L’idée est de laisser le sens venir de l’enfant, s’il vient.
Savourer le silence
Inutile de remplir chaque silence de commentaires. Le meilleur soutien est parfois de dessiner à côté de votre enfant, absorbé par vos propres traits, presque sans parler. Votre présence calme et intéressée montre que cette activité vaut la peine en soi. Les enfants bavardent souvent plus librement quand un adulte est tranquillement occupé à côté que lorsqu’ils se sentent observés et questionnés. Un peu de silence aide aussi votre enfant à se concentrer, ce qui est une précieuse compétence en soi.
Relancer avec des questions ouvertes et douces
Quand la conversation démarre, gardez des questions ouvertes et sans hâte. « Et après, il se passe quoi dans l’histoire ? » ou « Je me demande ce que font ces deux personnages » invitent à imaginer sans exiger de bonne réponse. Évitez d’enchaîner les questions, qui peuvent ressembler à un interrogatoire. Un commentaire chaleureux et curieux, puis une pause, laissent votre enfant mener. S’il préfère ne pas parler, n’insistez pas et profitez simplement du dessin ensemble.
Quand votre enfant demande « Tu me dessines un chat ? »
Il arrive que votre enfant vous demande de dessiner à sa place, ou de lui dire que son dessin est « beau ». Vous pouvez répondre honnêtement et avec chaleur sans prendre les commandes. Proposez de dessiner à côté plutôt qu’à sa place, ou renvoyez la question : « Comment tu crois qu’elles sont, les oreilles d’un chat ? » Gardez vos dessins libres et imparfaits : un enfant qui voit un adulte tracer des formes bancales et joyeuses apprend qu’un dessin n’a pas besoin d’être soigné pour valoir quelque chose.
Protéger le plaisir plutôt que le résultat
Le but profond est que dessiner reste un espace de liberté. Quand les enfants sentent que toutes les traces sont bienvenues, ils expérimentent davantage, osent des choses et reviennent volontiers à la feuille. Quand ils sentent que les dessins sont évalués, certains deviennent prudents et sévères envers leurs propres dessins étonnamment tôt. En délaissant le « C’est quoi ? » au profit d’un intérêt sincère pour ses choix, vous protégez la confiance qui permet à votre enfant de se voir comme quelqu’un qui dessine.
Un mot sur les petits perfectionnistes
Certains enfants tiennent particulièrement à « bien faire » : ils gomment, froissent ou refusent carrément de dessiner. Si votre enfant se met régulièrement dans tous ses états à propos de ses dessins, réduisez la pression au minimum : dessinez ensemble, célébrez ouvertement les gribouillis et évitez les comparaisons avec les frères, sœurs ou camarades. Une frustration intense et durable, ou un enfant qui semble en général très dur envers lui, mérite d’être évoqué avec votre médecin traitant, votre pédiatre, la PMI ou la personne référente de la crèche, qui pourront vous donner une vision plus complète et vous rassurer.
De petits mots, une grande différence
Vous ne ferez pas toujours parfaitement, et quelques « C’est quoi ? » vous échapperont encore. Aucun problème. Ce que votre enfant ressent au fil de centaines de petits moments, c’est votre intérêt et votre chaleur. Décrivez, remarquez l’effort, invitez son histoire et accueillez le silence : le dessin restera un endroit où votre enfant se sent capable et libre.
À retenir: Au lieu de demander ce que représente un dessin, décrivez ce que vous voyez et remarquez l’effort : votre enfant reste fier, bavard et pressé de continuer.